Une jambe plus courte que l'autre : faut-il s'inquiéter ?
En résumé : avoir une jambe un peu plus courte que l'autre est la règle. Mesurée sur une radiographie faite debout, une petite différence se retrouve chez environ neuf personnes sur dix, autour d'un demi-centimètre en moyenne. À l'œil ou allongé sur une table, un écart aussi petit se mesure mal. Pour les petites différences, le lien avec le mal de dos n'a pas été démontré. Une semelle se discute avec votre médecin ou votre podologue, à partir d'une mesure fiable, et personne ne rallonge une jambe avec les mains.

« Vous avez une jambe plus courte que l'autre. » La phrase tombe souvent en passant : à la fin d'une séance, dans un magasin de chaussures de course, pendant un échauffement au club. On vous l'a dite une fois, et depuis elle revient à chaque douleur de dos, en haut des escaliers ou en courant sur le sentier des douaniers.
Et donc vous pensez que c'est elle qui vous fait mal ? Qu'il faudrait la corriger ?
Dans une étude où des personnes qui avaient mal au dos racontaient ce que leurs soignants leur avaient dit, ces paroles influençaient parfois pendant des années ce qu'elles croyaient de leur dos, et beaucoup les avaient comprises comme « il faut protéger votre dos » (Darlow 2013). Sur la jambe plus courte que l'autre, les études sont plutôt rassurantes. Elles ont aussi leurs nuances, et je vous les donne.
Une jambe plus courte que l'autre : presque tout le monde
Mesurée sur une radiographie faite debout, une petite différence de longueur entre les deux jambes se retrouve chez environ neuf personnes sur dix. L'écart moyen tourne autour d'un demi-centimètre, et il est le même chez les personnes qui ont mal au dos et chez celles qui n'ont mal nulle part (Knutson 2005).
Les écarts plus marqués sont plus rares. Selon les regroupements d'études, 15 à 20 % des gens environ ont un écart d'un centimètre ou plus, et une différence de plus de deux centimètres concerne à peu près une personne sur mille (Knutson 2005). L'auteur situe autour de deux centimètres le seuil à partir duquel la différence commence à compter pour la plupart des gens. C'est son estimation, pas une règle : les seuils proposés dans la littérature vont de 5 à 30 millimètres.
Votre corps n'est pas symétrique, celui de vos voisins non plus. J'en parle aussi à propos du mythe du bassin décalé.
Réelle ou apparente, ce n'est pas la même chose

La même phrase recouvre deux choses. La différence réelle tient à la longueur des os : elle se mesure debout, sur une radiographie. La différence apparente se cherche allongé, sur une table : elle tient à la façon dont votre bassin et votre dos s'organisent dans cette position, et ne dit rien de la longueur de vos os (Knutson 2005, partie II). Même sa mesure reste mal établie.
Les chercheurs ne s'accordent ni sur les effets de ces différences ni sur l'écart nécessaire pour qu'elles comptent, et le débat dure depuis longtemps (Gurney 2002).
Pourquoi la mesure à l'œil trompe
Mesurer un demi-centimètre à l'œil est presque impossible. Les méthodes rapides, comparer les talons allongé sur une table ou passer un mètre ruban de la hanche à la cheville, se trompent souvent sur les petits écarts (Alfuth 2021). Le mètre ruban donne des résultats acceptables chez des personnes en bonne santé, mais pas chez les personnes en surpoids ou qui ont un trouble des muscles et des articulations (Farahmand 2019). Parmi les gestes simples, le plus utile consiste à glisser des cales sous un pied, debout. La mesure de référence reste une radiographie de toute la jambe, faite debout (Alfuth 2021 ; Sabharwal 2008).
Dans une étude, deux praticiens ont examiné 45 personnes qui avaient mal au dos, allongées sur le ventre. Ils ont trouvé une « jambe courte » chez toutes, en s'accordant mal sur l'ampleur, et le côté trouvé n'avait aucun lien avec le côté douloureux (Schneider 2007). Un test qui trouve une jambe courte chez tout le monde ne dit pas grand-chose de vous.
Faut-il passer une radio pour en avoir le cœur net ? Pas pour vous rassurer : quand le risque d'une maladie sérieuse est faible, un examen rassure peu et ne fait pas passer les symptômes plus vite (Rolfe et Burton 2013). Une radiographie expose aussi à des rayons (Sabharwal 2008). C'est à votre médecin de juger si elle peut changer quelque chose, par exemple devant une boiterie ou une différence apparue après une fracture. J'explique ailleurs ce que l'imagerie montre et ne montre pas.
Mal de dos, hanche, genou : ce que disent les études
Pour les petites différences, le lien avec le mal de dos n'a pas été démontré. Une étude ancienne et souvent citée n'en trouve aucun (Grundy 1984). Une revue récente sur la posture et le mal de dos, qui regroupe 46 études et environ 12 000 personnes, ne trouve pas de différence de longueur des jambes plus marquée chez les personnes qui ont mal au dos (Sugavanam 2024).
Une étude finlandaise nuance le tableau. Chez des salariés qui travaillaient debout toute la journée, une différence de 6 millimètres ou plus allait avec un peu plus de douleur et davantage de jours de mal de dos ; chez leurs collègues assis, rien de tel (Rannisto 2015). Un lien n'est pas une cause, et la question reste ouverte.
Pour les différences plus marquées, c'est le genou qui ressort. Chez des adultes de 50 à 79 ans, un écart d'au moins un centimètre était associé à plus d'arthrose du genou (Harvey 2010). Avec deux centimètres ou plus, une autre grande étude trouve plus de gêne au genou ; pour la hanche, les données sont moins nettes (Golightly 2009 ; Golightly 2010). Ce sont des associations : elles ne prouvent pas que la différence cause l'arthrose, et aucun essai n'a montré qu'on l'évite en corrigeant l'écart. Si une vraie différence a été mesurée chez vous, posez la question à votre médecin.
La douleur ne suit pas forcément ce qu'on mesure. Pour comprendre ce que la douleur veut dire, j'ai rassemblé l'essentiel sur une page.
Semelle, talonnette : quand en discuter, avec qui
Quand une vraie différence a été mesurée et qu'elle s'accompagne d'une douleur, une compensation dans la chaussure semble aider certaines personnes. Les études sont pourtant de faible qualité, et aucune ne fixe l'écart à partir duquel corriger (Campbell 2018). Les semelles semblent surtout utiles quand l'écart est réel et pas trop petit (Menez 2023). Pour un tout petit écart repéré à l'examen, mieux vaut rester prudent avant de vouloir le compenser (Brady 2003).
La décision se prend avec votre médecin ou votre podologue, à partir d'une mesure fiable.
Ce que je fais au cabinet (sans rallonger quoi que ce soit)
Je ne rallonge pas une jambe : personne ne change la longueur d'un os avec les mains. Il arrive qu'un test fait sur la table semble « s'égaliser » après une manipulation. Une équipe a mesuré la position des os du bassin avec une grande précision, avant et après : les tests de position du bassin se normalisaient, les os n'avaient pas bougé (Tullberg 1998). C'est la même histoire que celle de la sacro-iliaque « bloquée ».
Mon travail porte sur ce qui vous gêne quand vous bougez. Je commence par vous écouter : où vous avez mal, depuis quand, ce que vous n'arrivez plus à faire, ce qu'on vous a dit. Je regarde ensuite comment vous bougez : marcher, vous pencher, monter une marche, courir si c'est votre sport. Si c'est utile, et avec votre accord, je mobilise les zones raides ou douloureuses. Vous repartez le plus souvent avec quelques exercices, que vous retrouvez sur l'application ANDREW. Et si quelque chose relève d'un autre professionnel, je vous adresse à lui, avec un courrier.
Quand consulter un médecin d'abord
Voyez d'abord votre médecin :
si une boiterie apparaît ;
si une différence de longueur s'est installée après une chute ou une fracture ;
si une douleur de hanche vous réveille la nuit.
Chez l'enfant, une boiterie se montre au médecin. Avec de la fièvre, c'est une urgence ; après une chute ou un accident de sport, on consulte très vite ; sans fièvre et sans cause évidente, on voit son médecin traitant ou son pédiatre (ameli.fr). Chez le nourrisson, le médecin examine les hanches à chaque visite de suivi, jusqu'à ce que l'enfant marche (HAS 2013).
Questions fréquentes sur la jambe plus courte que l'autre
Est-il normal d'avoir une jambe plus courte que l'autre ?
Oui. Mesurée sur une radiographie faite debout, une petite différence se retrouve chez environ neuf personnes sur dix, autour d'un demi-centimètre en moyenne (Knutson 2005).
Une jambe plus courte peut-elle donner mal au dos ?
Pour les petites différences, aucun lien n'a été démontré : les personnes qui ont mal au dos n'ont pas, en moyenne, une plus grande différence que les autres (Knutson 2005 ; Sugavanam 2024). Une étude trouve un lien chez des personnes qui travaillent debout toute la journée (Rannisto 2015), ce qui reste un lien, pas une cause.
Un ostéopathe peut-il rallonger une jambe ?
Non. Personne ne change la longueur d'un os avec les mains. Quand des tests de position du bassin semblent se normaliser après une manipulation, une mesure précise montre que les os n'ont pas bougé (Tullberg 1998). L'ostéopathe travaille sur ce qui vous gêne quand vous bougez.
Et maintenant ?
Si une douleur de dos, de hanche ou de genou vous gêne pour marcher, courir ou travailler, vous pouvez consulter pour une douleur à Pleurtuit, entre Dinard et Saint-Malo. Nous regarderons ensemble ce qui vous gêne quand vous bougez, sans chercher un centimètre à corriger.
Ou par téléphone au 06 11 48 41 46.
Références
Métadonnées : PubMed (NCBI). Chaque DOI a été contrôlé sur doi.org par l'agent science le 15/10/2026.
Knutson GA, « Anatomic and functional leg-length inequality: a review and recommendation for clinical decision-making. Part I, anatomic leg-length inequality: prevalence, magnitude, effects and clinical significance », Chiropractic & Osteopathy, 2005;13:11 (PubMed) : doi.org/10.1186/1746-1340-13-11
Knutson GA, « Anatomic and functional leg-length inequality: a review and recommendation for clinical decision-making. Part II. The functional or unloaded leg-length asymmetry », Chiropractic & Osteopathy, 2005;13:12 (PubMed) : doi.org/10.1186/1746-1340-13-12
Gurney B, « Leg length discrepancy », Gait & Posture, 2002;15(2):195-206 (PubMed) : doi.org/10.1016/s0966-6362(01)00148-5
Brady RJ et al., « Limb length inequality: clinical implications for assessment and intervention », Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2003;33(5):221-234 (PubMed) : doi.org/10.2519/jospt.2003.33.5.221
Alfuth M, Fichter P, Knicker A, « Leg length discrepancy: A systematic review on the validity and reliability of clinical assessments and imaging diagnostics used in clinical practice », PLoS One, 2021;16(12):e0261457 (PubMed) : doi.org/10.1371/journal.pone.0261457
Sabharwal S, Kumar A, « Methods for assessing leg length discrepancy », Clinical Orthopaedics and Related Research, 2008;466(12):2910-2922 (PubMed) : doi.org/10.1007/s11999-008-0524-9
Farahmand B et al., « A systematic review on the validity and reliability of tape measurement method in leg length discrepancy », Medical Journal of the Islamic Republic of Iran, 2019;33:46 (PubMed ; le DOI déclaré ne résout pas, lien PubMed Central) : pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6708090
Schneider M et al., « Interexaminer reliability of the prone leg length analysis procedure », Journal of Manipulative and Physiological Therapeutics, 2007;30(7):514-521 (PubMed) : doi.org/10.1016/j.jmpt.2007.07.001
Rolfe A, Burton C, « Reassurance after diagnostic testing with a low pretest probability of serious disease: systematic review and meta-analysis », JAMA Internal Medicine, 2013;173(6):407-416 (PubMed) : doi.org/10.1001/jamainternmed.2013.2762
Grundy PF, Roberts CJ, « Does unequal leg length cause back pain? A case-control study », The Lancet, 1984;2(8397):256-258 (PubMed) : doi.org/10.1016/s0140-6736(84)90300-3
Sugavanam T et al., « Postural asymmetry in low back pain: a systematic review and meta-analysis of observational studies », Disability and Rehabilitation, 2024 (PubMed) : doi.org/10.1080/09638288.2024.2385070
Rannisto S et al., « Leg-length discrepancy is associated with low back pain among those who must stand while working », BMC Musculoskeletal Disorders, 2015;16:110 (PubMed) : doi.org/10.1186/s12891-015-0571-9
Harvey WF et al., « Association of leg-length inequality with knee osteoarthritis: a cohort study », Annals of Internal Medicine, 2010;152(5):287-295 (PubMed) : doi.org/10.7326/0003-4819-152-5-201003020-00006
Golightly YM et al., « Symptoms of the knee and hip in individuals with and without limb length inequality », Osteoarthritis and Cartilage, 2009;17(5):596-600 (PubMed) : doi.org/10.1016/j.joca.2008.11.005
Golightly YM et al., « Hazard of incident and progressive knee and hip radiographic osteoarthritis and chronic joint symptoms in individuals with and without limb length inequality », Journal of Rheumatology, 2010;37(10):2133-2140 (PubMed) : doi.org/10.3899/jrheum.091410
Campbell TM et al., « Shoe Lifts for Leg Length Discrepancy in Adults With Common Painful Musculoskeletal Conditions: A Systematic Review of the Literature », Archives of Physical Medicine and Rehabilitation, 2018;99(5):981-993 (PubMed) : doi.org/10.1016/j.apmr.2017.10.027
Menez C et al., « Effects of Insoles on Gait Kinematics and Low Back Pain in Patients with Leg Length Inequality: A Systematic Review », Journal of the American Podiatric Medical Association, 2023;113(2) (PubMed) : doi.org/10.7547/21-004
Tullberg T et al., « Manipulation does not alter the position of the sacroiliac joint. A roentgen stereophotogrammetric analysis », Spine, 1998;23(10):1124-1128 (PubMed) : doi.org/10.1097/00007632-199805150-00010
Darlow B et al., « The enduring impact of what clinicians say to people with low back pain », Annals of Family Medicine, 2013;11(6):527-534 (PubMed) : doi.org/10.1370/afm.1518
Haute Autorité de santé, « Luxation congénitale de la hanche : dépistage », fiche mémo, 2013 : has-sante.fr
Assurance Maladie, « Mon enfant boite : que faire ? » : ameli.fr
Florent Noyelle, Ostéopathe D.O., DU Ostéopathie du Sport (DUOS), STAPS Nanterre et Ostéobio, en partenariat avec l'INSEP, CES Ostéopathie Pédiatrique, Pleurtuit (35730)
En savoir plus : le cabinet d'ostéopathie à Pleurtuit et l'approche du praticien.



Commentaires