Votre IRM montre une hernie discale. Ce n'est pas une condamnation.
- Florent Noyelle
- 16 juil.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Le radiologue a écrit "hernie discale L4-L5 avec contact radiculaire". Le médecin a dit "on surveille". Et vous êtes rentré chez vous avec l'image mentale de quelque chose qui dépasse, qui comprime, qui menace.
Ce que personne n'a probablement dit : cette image, des millions de personnes sans aucune douleur la portent en ce moment, sans le savoir.
Ce que montrent les études sur les populations asymptomatiques
En 1994, Jensen et ses collègues ont examiné à l'IRM 98 adultes sans aucune lombalgie ni sciatique (Jensen et al., 1994). 52 % présentaient au moins un disque bombé. 27 % avaient une protrusion franche. Aucun symptôme.
La méta-analyse de Brinjikji et al. (2015), portant sur plus de 3 000 sujets asymptomatiques issus de 33 études, a établi des prévalences par décennie d'âge. À 30 ans, 52 % des personnes sans douleur ont une dégénérescence discale visible. À 60 ans, 88 %. Ces chiffres signifient une seule chose : la dégénérescence visible à l'IRM fait partie du vieillissement normal.
Ce constat s'applique aussi à l'arthrose : le degré d'usure articulaire visible à l'imagerie n'est pas corrélé à l'intensité de la douleur. Pour comprendre pourquoi, la page sur la douleur et le modèle biopsychosocial donne le cadre conceptuel complet.
L'IRM comme photo, pas comme oracle
L'IRM prend une photographie de vos structures à un instant précis. Elle ne voit pas l'état de sensibilisation de votre système nerveux, votre niveau de stress, votre qualité de sommeil, ni la façon dont votre cerveau traite les signaux nociceptifs.
Or ce sont précisément ces facteurs qui déterminent dans une très large mesure si une anomalie structurelle va ou non produire de la douleur. Le rôle du stress et celui du sommeil comme amplificateurs du signal nociceptif sont documentés dans les articles dédiés.
La hernie qui régresse spontanément
Un fait peu connu : les hernies discales régressent dans une majorité de cas sans intervention. Des études longitudinales avec IRM séquentielle montrent une régression significative dans les 12 à 24 mois suivant l'épisode aigu (Zhong et al., 2017). Le corps sait gérer ça.
L'imagerie précoce : inutile et potentiellement nocive
Prescrire une IRM très tôt pour une lombalgie commune sans drapeaux rouges n'améliore pas les résultats cliniques, et augmente le taux d'interventions chirurgicales et la chronicisation, en partie parce qu'elle génère des "découvertes incidentales" qui alimentent la catastrophisation (Webster & Cifuentes, 2010).
Une IRM qui montre une "hernie discale" chez un patient déjà anxieux peut allonger son arrêt de travail sans que cela corresponde à une réalité lésionnelle active. C'est le mécanisme que décrit l'article sur la kinésiophobie : l'image devient un prétexte à l'évitement du mouvement, qui aggrave la situation.
Quand l'IRM est vraiment nécessaire
L'imagerie est indispensable en présence de drapeaux rouges : déficit moteur progressif, troubles sphinctériens, suspicion de tumeur ou d'infection, absence d'amélioration après 6 à 8 semaines de traitement bien conduit. Ces situations sont décrites sur la page de prise en charge de la douleur à Pleurtuit.
Ce sur quoi nous travaillons vraiment

Pouvez-vous marcher sur les remparts de Saint-Malo ? Reprendre le paddle sur la Rance ? Jouer avec vos petits-enfants sur la plage de Saint-Lunaire ?
Ces objectifs fonctionnels sont infiniment plus pertinents qu'un rapport d'imagerie. Et comprendre pourquoi votre douleur persiste malgré une hernie discale fait partie du soin, c'est l'objet de l'article sur l'éducation thérapeutique de la douleur.
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📚 Références scientifiques
1. Jensen MC et al. (1994). Magnetic resonance imaging of the lumbar spine in people without back pain. NEJM, 331(2):69-73. DOI: 10.1056/NEJM199407143310201 | PubMed: 8208267
2. Brinjikji W et al. (2015). Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration. AJNR, 36(4):811-816. DOI: 10.3174/ajnr.A4173 | PubMed: 25430861
3. Zhong M et al. (2017). Incidence of spontaneous resorption of lumbar disc herniation: a meta-analysis. Pain Physician, 20(1):E45-E52. PubMed: 28072796
4. Webster BS & Cifuentes M (2010). Relationship of early MRI for work-related low back pain with disability outcomes. Journal of Occupational and Environmental Medicine, 52(9):900-907. DOI: 10.1097/JOM.0b013e3181ef7e53
Florent Noyelle, Ostéopathe D.O., DU Ostéopathie du Sport INSEP 2017, CES Ostéopathie Pédiatrique, Pleurtuit (35730)
En savoir plus : le cabinet d'ostéopathie à Pleurtuit et l'approche du praticien.



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