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Télétravail et douleurs : ce que l'écran fait (et ne fait pas) à votre corps

Photo du rédacteur: Florent Noyelle
Florent Noyelle
8 sept.
6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 24 heures

Poste de télétravail improvisé sur un coin de table avec ordinateur portable en visioconférence, situation fréquente associée au mal de dos en télétravail

Un coin de table, un ordinateur portable, la troisième visio de la matinée. Depuis 2020, votre bureau ressemble peut-être à ça. Et depuis la rentrée, le télétravail a repris son rythme et le mal de dos est revenu avec lui, la nuque aussi. Vous avez déjà lu trois listes de « 10 erreurs à éviter », hésité devant un siège ergonomique à 400 euros, et la question de fond reste entière : est-ce que travailler comme ça est en train de vous abîmer ?


Réponse courte : non, pas de la façon dont vous l'imaginez. Réponse complète : ce que les études faites depuis 2020 montrent, ce qu'elles ne montrent pas, et ce qui mérite vraiment votre attention.


Télétravail et douleurs : ce que disent vraiment les études depuis 2020


Le télétravail massif a cinq ans, et les chercheurs s'y sont penchés sérieusement. Une revue systématique française a rassemblé 25 études sur le sujet : les résultats se contredisent (Fadel 2023). Certaines études rapportent plus de douleurs de dos ou de nuque chez les télétravailleurs, d'autres n'en trouvent pas. Impossible, honnêtement, d'affirmer que le télétravail donne mal au dos.


Ce qui revient en revanche d'une étude à l'autre, c'est le rôle des conditions : le poste improvisé, l'organisation du travail, les journées qui s'allongent. Une seconde revue, qui compare travailleurs de bureau et télétravailleurs, aboutit au même constat : les deux populations sont exposées, sans vainqueur net, et chez les télétravailleurs ce sont les postes mal équipés, le travail sur ordinateur portable et la charge mentale qui ressortent (Alencar 2025).


Autrement dit, le problème n'est pas « maison contre bureau ». Le problème, c'est ce que vos journées font à votre corps, où qu'elles se passent. Et là-dessus, vous avez des leviers.


Non, l'écran ne vous déforme pas


Commençons par évacuer la peur la plus répandue : non, les heures d'écran et la position assise ne déforment pas votre colonne. Quand on rassemble l'ensemble des revues systématiques disponibles, ce lien de cause à effet n'est pas démontré (Swain 2020). Votre corps n'est pas de la cire qui prendrait la forme de votre chaise.


J'ai consacré un article entier à ce sujet, celui du mythe de la posture parfaite : si vous culpabilisez sur votre façon de vous tenir, lisez-le, il devrait vous soulager d'un poids.


Le vrai suspect : rester immobile des heures


Si l'angle de votre dos n'est pas le coupable, qu'est-ce qui l'est ? La piste la plus crédible aujourd'hui, c'est la durée sans bouger. Prudence de rigueur : aucune étude ne le démontre formellement à ce jour. Mais c'est le déplacement d'attention que suggère la littérature : les interventions qui cassent les longues périodes assises, se lever, marcher, changer de position, vont dans le bon sens, avec des effets probablement modestes et une preuve encore limitée (Cochrane 2019).


En télétravail, tout pousse à l'immobilité : plus de trajet, plus de couloirs, plus de collègues à aller voir. Des journées entières peuvent se passer sur la même chaise. C'est ça, le vrai changement depuis 2020. La nuque sur écran mérite d'ailleurs son propre article, je l'ai publié sur ce blog.


Le poste improvisé : un problème de variation plus que de matériel


Le deuxième facteur qui ressort des revues, c'est le poste improvisé, et notamment le travail prolongé sur ordinateur portable seul (Alencar 2025). Un portable impose écran bas et mains collées, donc moins de positions possibles. Le problème n'est pas qu'une de ces positions soit dangereuse ; c'est qu'elle devient la seule.


Les ajustements utiles ne coûtent rien : surélevez l'écran de temps en temps, branchez un clavier si vous en avez un, changez de lieu dans la journée, alternez assis et debout quand c'est possible. L'objectif n'est pas le poste parfait. C'est un poste qui vous laisse varier.


Chaise ergonomique, coussin lombaire, bureau assis-debout : le tri honnête


Les publicités qui saturent ce sujet veulent toutes vous vendre quelque chose. Faisons le tri, honnêtement.


Ce que disent les revues Cochrane sur le matériel : les dispositifs agissent surtout sur le temps passé assis, avec un effet sur la douleur qui reste incertain ; les approches qui combinent aménagement et activité physique sont les plus cohérentes, même si la preuve est encore limitée (Cochrane 2018, Cochrane 2019).


Concrètement :


  • le bureau assis-debout fait ce qu'il promet : environ une heure de moins en position assise par jour à moyen terme dans les études, mais avec une preuve de faible qualité, et sans effet démontré sur la douleur (Cochrane 2018) ;

  • la chaise ergonomique peut réellement améliorer votre confort, et c'est une raison légitime de l'acheter ; le bénéfice santé, prévenir ou traiter une douleur, n'est pas démontré ;

  • le coussin lombaire, même logique : confort possible, preuve d'un effet santé absente.


Aucun de ces objets n'est un mauvais achat s'il vous rend le travail plus agréable. Aucun n'est un traitement. Et aucun ne bouge à votre place : c'est le critère qui devrait guider votre argent. Un objet qui vous fait changer de position plus souvent a plus de valeur qu'un objet qui vous cale mieux dans la même.


Organiser sa journée pour bouger


Le levier le plus solide ne s'achète pas : il se planifie.


Dans les études, des pauses courtes, une à deux minutes toutes les demi-heures, suffisent à réduire le temps assis (Cochrane 2018). Quelques idées qui tiennent dans une journée de télétravail réelle :


  • prenez les appels sans caméra en marchant ;

  • levez-vous à chaque fin de visio, même trente secondes ;

  • gardez la pause déjeuner pour une vraie marche, pas pour l'écran ;

  • recréez les déplacements que le bureau imposait : eau, café, imprimante, peu importe le prétexte.


Frise d'une journée de télétravail de 9h à 18h ponctuée de pauses en mouvement : appel en marchant, marche du midi, étirement, levers de fin de visio
Le poste parfait n'existe pas ; une journée qui varie, si.

Je prépare un article dédié aux pauses actives, avec un format simple et ce que les études en disent vraiment.


Ce que le télétravail change aussi : stress, sommeil, frontières


Le télétravail ne change pas que votre chaise. Les revues pointent l'allongement des journées, les conflits entre travail et vie de famille, la charge mentale (Fadel 2023, Alencar 2025). Et ces facteurs comptent pour la douleur : l'INRS le dit sans détour, le stress amplifie la perception de la douleur et altère les mécanismes de réparation des tissus (INRS).


Pas de raccourci ici : le stress ne « cause » pas votre douleur à lui seul, et votre douleur n'est pas dans la tête. Mais si vos journées débordent, que le sommeil se dégrade et que la frontière entre travail et repos a disparu, votre corps encaisse plus et récupère moins. J'ai détaillé ces mécanismes dans mon article sur le lien entre stress, système nerveux et douleur.


Fermer l'ordinateur à heure fixe est parfois un meilleur investissement qu'une chaise.


Quand consulter, et ce que je propose au cabinet


Si une douleur s'installe depuis plusieurs semaines, s'aggrave, réveille vos nuits ou s'accompagne de signes inhabituels comme une perte de force ou des fourmillements durables, le premier réflexe reste votre médecin : c'est lui qui écarte ce qui doit l'être.


Pour le reste, beaucoup de mes patients télétravaillent depuis la côte, entre Saint-Malo et Dinard, et arrivent au cabinet avec la même question que vous. Ce que je propose, dans le cadre de la prévention des TMS à Saint-Malo et Pleurtuit : une évaluation du contexte complet, poste, charge de travail, sommeil, activité physique, pas seulement la zone douloureuse ; de la thérapie manuelle quand elle est pertinente ; et un plan d'exercices progressifs, suivi dans le temps via l'application ANDREW. Sans promesse de résultat : personne ne peut honnêtement vous en faire.


Questions fréquentes


Le télétravail donne-t-il plus mal au dos que le bureau ?

Les études se contredisent : certaines trouvent plus de douleurs chez les télétravailleurs, d'autres non (Fadel 2023). Ce qui ressort des deux côtés, c'est le poids du poste, du temps assis ininterrompu et de la charge mentale, pas du lieu de travail en lui-même (Alencar 2025).


Dois-je acheter un bureau assis-debout ?

Il réduit le temps passé assis, environ une heure par jour dans les études, mais son effet sur la douleur n'est pas démontré (Cochrane 2018). Si le budget compte, se lever à chaque visio et marcher le midi poursuivent le même objectif, gratuitement.


Travailler depuis le canapé, c'est grave ?

Aucune position n'a été démontrée comme dangereuse en soi pour la colonne (Swain 2020). Le canapé devient un problème s'il est votre unique position de la journée. Variez les lieux et les positions ; c'est la durée sans bouger qui mérite votre vigilance.


Et maintenant ?


Si vos douleurs de télétravailleur s'installent, ne laissez pas la rentrée décider pour vous. Découvrez notre accompagnement de prévention des TMS entre Saint-Malo et Dinard, y compris pour les télétravailleurs, ou prenez rendez-vous au cabinet de Pleurtuit :



Florent Noyelle, Ostéopathe D.O., DU Ostéopathie du Sport INSEP 2017, CES Ostéopathie Pédiatrique, Pleurtuit (35730)


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Tarif: 60 euros

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