Torticolis du bébé : la tête toujours du même côté, que faire ?
En résumé : un bébé qui tourne toujours la tête du même côté, c'est fréquent. Derrière ce constat, il peut y avoir une préférence de position, que les médecins appellent torticolis postural, ou un torticolis musculaire, quand un muscle du cou est plus court d'un côté. Seul un examen permet de trancher. La Haute Autorité de santé recommande d'orienter tout bébé qui a un torticolis vers un kinésithérapeute qui connaît les nourrissons, et les recommandations insistent pour ne pas attendre. À la maison, vous pouvez déjà inviter votre bébé à regarder du côté qu'il délaisse.

Sur la table à langer, il regarde la fenêtre. Dans son lit, la fenêtre. Dans vos bras, encore la fenêtre, jamais la porte. Ou alors il prend un sein sans difficulté et proteste dès que vous lui proposez l'autre. Parfois, c'est le médecin qui a prononcé le mot à la visite du premier mois : torticolis.
Est-ce grave ? Est-ce que ça va passer ? Sa tête va-t-elle s'aplatir ? Faut-il voir un kiné, un ostéopathe, les deux ? Et, souvent, en silence : est-ce que j'ai fait quelque chose de travers ? Sur ce dernier point, rassurez-vous. Les études associent le torticolis du bébé à des facteurs comme la position dans le ventre en fin de grossesse ou une présentation en siège (Stellwagen 2008 ; Kaplan 2018). Pour le reste, les recommandations françaises donnent des réponses claires, et un ordre à suivre.
La tête toujours du même côté : de quoi parle-t-on ?
Une préférence de position
Certains bébés ont un côté favori. La tête penche un peu d'un côté et regarde de l'autre, puis l'attitude va et vient. Quand on l'appelle de l'autre côté, il tourne la tête sans difficulté, et quand le médecin mobilise doucement son cou, rien ne résiste. La Haute Autorité de santé parle alors de torticolis postural (HAS 2020).
Le torticolis musculaire congénital
Ici, un muscle du cou est plus court d'un côté. La tête penche d'un côté, le menton regarde de l'autre, et l'attitude est permanente : quand on tente de tourner la tête vers l'autre côté, le mouvement est limité (HAS 2020). Parfois, on sent une petite boule dans le cou, dans le muscle lui-même (Kaplan 2018).
C'est fréquent : selon les études, entre 4 et 16 nouveau-nés sur 100 sont concernés (Kaplan 2018). Les petites asymétries de la tête et du cou à la naissance sont même très courantes (Stellwagen 2008).
Ce qui alerte souvent les parents : un sein boudé, la tête qui retombe toujours du même côté dans le cosy. Notez ce que vous voyez, une courte vidéo peut aider le médecin. Mais faire la différence entre une habitude et un muscle qui résiste, c'est son examen qui le permet.
Plus rarement, autre chose
Une tête penchée peut aussi venir des yeux, des os ou du système nerveux (Tomczak 2013). C'est moins fréquent, et c'est le médecin qui fait le tri. Les signes qui doivent vous faire consulter sans attendre sont listés plus bas.
Pourquoi on n'attend pas
Les recommandations américaines de kinésithérapie et l'Assurance Maladie disent la même chose : dès que vous remarquez que votre bébé garde la tête d'un côté, montrez-le à son médecin (Sargent 2024 ; ameli). Et quand une tête plate s'est installée avec un cou peu mobile, la Haute Autorité de santé précise que plus la kinésithérapie est prescrite tôt, durant le premier mois de vie, plus les chances de normalisation sont importantes (HAS 2020).
Autre raison de consulter tôt : torticolis et tête plate vont souvent ensemble. Un bébé qui regarde toujours du même côté appuie toujours sur le même endroit de sa tête, et la HAS compte le torticolis parmi les facteurs de risque de la tête plate (HAS 2020). Cela ne veut pas dire que la tête va forcément se déformer. J'ai consacré un article à part au cas où la tête s'aplatit d'un côté : la plagiocéphalie.
Qui fait quoi : médecin, kiné pédiatrique, ostéopathe

Le médecin ou le pédiatre : le diagnostic
C'est la première porte : il examine votre bébé, vérifie qu'il s'agit bien d'un torticolis et décide de la suite. Quand une tête plate s'y ajoute avec un cou peu mobile, la HAS demande que la kinésithérapie soit prescrite systématiquement (HAS 2020).
Le kiné pédiatrique : la rééducation
Pour tout torticolis, postural ou musculaire, la HAS recommande d'orienter le bébé vers un kinésithérapeute à orientation pédiatrique (HAS 2020). C'est la référence. La rééducation associe des mouvements du cou quand il est limité, du jeu pour que le bébé utilise ses deux côtés, des conseils d'installation, et beaucoup de choses que les parents apprennent à faire à la maison (Sargent 2024). Les créneaux sont rares dans le secteur, autant s'y prendre tôt.
Et l'ostéopathe ?
Dans sa recommandation sur la tête plate, qui porte aussi sur le cou peu mobile, la HAS est directe sur ce point : les données scientifiques ne permettent pas aujourd'hui de recommander l'ostéopathie. Elle admet en revanche qu'une approche ostéopathique à orientation pédiatrique soit associée à la kinésithérapie, en deuxième intention, dans une prise en charge à plusieurs professionnels (HAS 2020).
Un petit essai allemand de 2006, chez 32 bébés qui avaient une asymétrie de posture, pas forcément un torticolis, a trouvé une amélioration plus nette avec l'ostéopathie qu'avec un traitement simulé (Philippi 2006). C'est un signal, qui n'a pas été confirmé par des essais plus grands. Une revue de 2025 portant sur 100 essais, surtout des massages étudiés en Chine, conclut que les thérapies manuelles ajoutées à une prise en charge active semblent aider à court terme. La confiance dans ces résultats reste faible à très faible, et un seul de ces essais porte sur l'ostéopathie (Antares 2025).
Concrètement, au cabinet, je mesure la mobilité de sa nuque des deux côtés et la forme de son crâne, chiffres à l'appui plutôt qu'à l'œil. Je vous montre les gestes du quotidien, je vous conseille par exemple de filmer votre bébé pour montrer au médecin comment il tient sa tête, et je suis l'évolution dans le temps. Quand une rééducation est nécessaire, c'est le kiné pédiatrique qui la mène, sur prescription du médecin. Je travaille en lien avec le kiné pédiatrique vers qui je réoriente quand c'est indiqué, et je laisse toujours une trace écrite pour le médecin : un compte rendu que je lui transmets, ou une note dans le carnet de santé de votre bébé, avec votre accord, comme je le fais pour les pédiatres du bassin qui m'adressent leurs patients. Si nous travaillons ensemble, l'ostéopathie vient en complément, jamais à la place. Je ne fais aucune manipulation du cou d'un nourrisson, ces gestes rapides qui font craquer, ni de modelage crânien. Quand c'est utile, avec l'accord de son médecin et en lien avec le kiné qui mène la rééducation, je peux mobiliser doucement sa nuque, sans forcer, par des mouvements lents que je guide : c'est un complément, dont l'intérêt reste à confirmer par les études, et je ne vous promets pas une tête droite.
Et donc vous pensiez qu'il fallait choisir entre le kiné et l'ostéopathe ? L'ordre compte davantage : le médecin d'abord, le kiné quand il faut rééduquer, et vous, tous les jours, à la maison.
Ce que vous pouvez faire à la maison
Votre part compte : l'implication des parents à la maison fait partie de ce qui pèse sur l'évolution (Sargent 2024). Tout ce qui invite votre bébé à regarder du côté qu'il délaisse est utile.
Parlez-lui en vous plaçant du côté opposé à celui où il tourne habituellement la tête, et placez ses jouets de ce côté-là (HAS ; ameli).
Changez de bras d'une tétée ou d'un biberon à l'autre (HAS ; ameli). S'il refuse franchement un sein et que l'allaitement devient difficile, parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin.
Variez les positions d'éveil : dans les bras, en écharpe (nez et bouche bien dégagés), sur un tapis. Gardez le transat et le cosy pour de courtes durées, le siège-coque pour la voiture (HAS ; ameli).
Installez-le sur le ventre, éveillé et sous votre surveillance (HAS ; ameli) ; les kinés américains conseillent deux ou trois moments par jour dès les premiers jours (Sargent 2024). Je détaille les repères dans le temps sur le ventre, expliqué aux parents.
Couchez-le toujours sur le dos, et alternez régulièrement la tête et le pied du lit, pour qu'il ait envie de tourner la tête vers la porte ou la lumière du côté qu'il délaisse (HAS 2020 ; ameli).
Tout cela se fait sans forcer : on l'invite, on ne lui tourne pas la tête. Si une rééducation est nécessaire, le kiné vous montrera les mouvements à faire à la maison. Ne les inventez pas avant.
Cale-tête, cale-bébé, coussins de positionnement : la Haute Autorité de santé les juge inutiles et dangereux, car ils empêchent le bébé de bouger et augmentent le risque d'étouffement ; elle range aussi les coussins anti-tête plate parmi ce qui favorise la tête plate (HAS 2020 ; ameli).
Les signes qui doivent vous faire consulter rapidement
Consultez le médecin sans attendre, ou appelez le 15 selon la gravité, si :
la tête s'est mise à pencher brutalement, ou le torticolis apparaît à partir de 6 mois ;
votre bébé a de la fièvre (avant 3 mois, c'est une urgence), vomit, est inhabituellement somnolent, a le cou raide ou vous semble « pas bien » ;
la tête penche et tourne du même côté, ou change de côté d'un jour à l'autre ;
vous sentez une boule dans le cou qui grossit, qui change, ou qui apparaît à partir de 6 mois ;
il suit mal des yeux, ou son tonus vous paraît inhabituel, trop mou ou trop raide ;
il change de couleur quand il tourne la tête ou pendant les mouvements du cou montrés par le kiné.
Ces repères viennent des recommandations américaines de kinésithérapie et de l'Assurance Maladie (Sargent 2024 ; ameli). Dans tous les autres cas, sans urgence mais sans tarder : une tête toujours tournée du même côté se montre au médecin ou au pédiatre.
Questions fréquentes sur le torticolis du bébé
Le torticolis du nourrisson passe-t-il tout seul ?
Certaines asymétries légères s'estompent, d'autres non, et on ne peut pas savoir sans examen. Comme la rééducation est plus courte quand elle commence tôt, mieux vaut le faire regarder sans attendre.
Faut-il voir un kiné ou un ostéopathe pour un torticolis de bébé ?
D'abord le médecin ou le pédiatre, qui fait le diagnostic. Si un torticolis est confirmé, c'est le kiné pédiatrique qui rééduque. Un ostéopathe peut accompagner, en complément et en lien avec eux, jamais à la place.
À partir de quand faut-il s'inquiéter d'une tête toujours tournée du même côté ?
Dès que vous le remarquez, parlez-en au médecin, sans urgence mais sans tarder. Consultez rapidement si la tête s'est mise à pencher brutalement, en cas de fièvre, ou si votre bébé vous semble « pas bien ».
Et maintenant ?
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Références
Haute Autorité de santé, Conseil national professionnel de pédiatrie, « Prévention des déformations crâniennes positionnelles et mort inattendue du nourrisson », fiche mémo, 2020 : has-sante.fr
Haute Autorité de santé, « Prévenir la tête plate : conseils aux parents » : has-sante.fr
Assurance Maladie, « Comment bien coucher un bébé ? » : ameli.fr
Assurance Maladie, « Votre enfant a de la fièvre : que faire et quand consulter ? » : ameli.fr
Sargent B et al., « Physical Therapy Management of Congenital Muscular Torticollis: A 2024 Evidence-Based Clinical Practice Guideline From the American Physical Therapy Association Academy of Pediatric Physical Therapy », Pediatric Physical Therapy, 2024 (PubMed) : doi.org/10.1097/PEP.0000000000001114
Kaplan SL et al., « Physical Therapy Management of Congenital Muscular Torticollis: A 2018 Evidence-Based Clinical Practice Guideline From the APTA Academy of Pediatric Physical Therapy », Pediatric Physical Therapy, 2018 (PubMed) : doi.org/10.1097/PEP.0000000000000544
Stellwagen L et al., « Torticollis, facial asymmetry and plagiocephaly in normal newborns », Archives of Disease in Childhood, 2008 (PubMed) : doi.org/10.1136/adc.2007.124123
Tomczak KK, Rosman NP, « Torticollis », Journal of Child Neurology, 2013 (PubMed) : doi.org/10.1177/0883073812469294
Philippi H et al., « Infantile postural asymmetry and osteopathic treatment: a randomized therapeutic trial », Developmental Medicine and Child Neurology, 2006 (PubMed) : doi.org/10.1017/S001216220600003X
Antares JB et al., « Efficacy of non-surgical, non-pharmacological treatments for congenital muscular torticollis: a systematic review and meta-analysis », BMC Musculoskeletal Disorders, 2025 (PubMed) : doi.org/10.1186/s12891-025-08407-3
Florent Noyelle, Ostéopathe D.O., DU Ostéopathie du Sport (DUOS), STAPS Nanterre et Ostéobio, en partenariat avec l'INSEP, CES Ostéopathie Pédiatrique, Pleurtuit (35730)
En savoir plus : le cabinet d'ostéopathie à Pleurtuit et l'approche du praticien.



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