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Tendinopathie : repos ou charge progressive ? Ce que disent les études

Photo du rédacteur: Florent Noyelle
Florent Noyelle
18 juin
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 oct.

Illustration anatomique de la cheville vue de côté, avec le tendon d'Achille qui relie le mollet au talon

« Tendinite ». Le mot est trompeur : il suggère une inflammation, donc du repos et de la glace. Les études parlent aujourd'hui de tendinopathie. Pour un tendon douloureux depuis des semaines, l'arrêt n'a pas l'avantage qu'on lui prête : dans un essai sur le tendon d'Achille, arrêter course et sauts pendant six semaines n'a pas fait mieux que continuer en surveillant la douleur (Silbernagel 2007).


La recherche sur les tendinopathies a beaucoup évolué en vingt ans. Un tendon douloureux depuis plusieurs semaines montre surtout des changements de sa structure, avec une part d'inflammation dont le rôle est encore étudié (Millar 2021). Le traitement le plus étudié repose sur une charge progressive et adaptée (Beyer 2015).


Au cabinet, à Pleurtuit, entre Saint-Malo et Dinard, c'est souvent la première question qu'on me pose : « Je dois tout arrêter ? »


Repos ou charge : ce que disent les études


Arrêter ou continuer ? Pour le tendon d'Achille, un essai a comparé les deux chez des patients qui suivaient tous un programme d'exercices : six semaines sans course ni sauts, ou continuer en surveillant la douleur. Au bout d'un an, les deux groupes s'étaient améliorés autant l'un que l'autre (Silbernagel 2007). L'arrêt n'a pas fait mieux. Il n'a pas fait pire non plus.


L'exercice fait-il mieux que rien ? Pour le tendon rotulien, la revue Cochrane de 2025 ne peut pas le dire : les essais sont trop petits et trop peu nombreux (Lopes 2025).


Quel exercice ? Pour le tendon d'Achille, une charge lourde et lente et un programme excentrique ont donné d'aussi bons résultats, à 12 semaines comme à un an (Beyer 2015). Pour le tendon rotulien, un programme progressif a fait mieux que l'excentrique seul (Breda 2021).


Ce que j'en retiens. Arrêter le sport n'a pas montré d'avantage sur le fait de continuer en surveillant la douleur. L'exercice, lui, n'a pas encore prouvé qu'il faisait mieux que l'absence de traitement, du moins pour le tendon rotulien. Mais la charge progressive reste la voie la plus étudiée, elle vous laisse bouger, et on la règle sur votre douleur. La question utile devient alors : quelle charge, et à quel rythme ? C'est là que je mets l'énergie.


Ce qu'est vraiment une tendinopathie


Le terme « tendinopathie » a remplacé « tendinite » dans la littérature médicale pour une raison précise.


Au microscope, un tendon douloureux depuis longtemps montre des fibres de collagène désorganisées, plus de petits vaisseaux sanguins et de fibres nerveuses, et des cellules qui fonctionnent moins bien. On y trouve aussi plus de cellules immunitaires qu'on ne le pensait, sans le tableau d'une blessure récente (Millar 2021).


Le modèle le plus utilisé décrit la tendinopathie comme la réponse d'un tendon à une charge qui a dépassé, pendant un temps, ce qu'il pouvait encaisser (Cook 2009). C'est un modèle, pas une certitude, et je vous le présente comme tel.


Les tendons les plus souvent touchés : le tendon d'Achille (course à pied, sports à impacts), le tendon rotulien (sauts, accélérations), la coiffe des rotateurs (lancers, natation, travaux les bras en l'air), l'épicondyle latéral (tennis elbow, gestes de saisie répétés) et les tendons fessiers, sur le côté de la hanche (Millar 2021).


Ce que le repos complet change pour un tendon


Chez une personne en bonne santé, un tendon répond à la charge : après un effort, il fabrique davantage de collagène pendant environ trois jours (Magnusson 2010). Sans charge, il change aussi : chez huit volontaires en bonne santé, vingt jours d'alitement ont rendu le tendon du genou moins raide (Kubo 2004).


En consultation, je vois souvent le même scénario. Des semaines d'arrêt, la douleur se calme, puis elle revient à la reprise. C'est une observation de cabinet, pas une preuve.


La gestion de la charge d'entraînement est au cœur des programmes actuels : redonner peu à peu au tendon sa tolérance à l'effort, en restant sous ce qu'il peut encaisser (Malliaras 2015).


Commencer par l'isométrique ?


Le travail isométrique (contraction musculaire sans mouvement de l'articulation) est souvent proposé au début, parce qu'il se supporte bien. Son effet sur la douleur reste discuté : dans un petit essai sur six volleyeurs, la douleur baissait juste après la séance et pendant au moins 45 minutes (Rio 2015). Des essais plus grands ne retrouvent pas cet effet (van der Vlist 2020 ; Clifford 2020).


Concrètement, pour le tendon d'Achille : tenir une contraction du mollet en appui sur une marche, 30 à 45 secondes, plusieurs fois. Dans un essai sur le tendon rotulien, c'était cinq fois 45 secondes, chaque jour, au début du programme (Breda 2021). Je m'en sers comme d'un point de départ bien toléré, pas comme d'un antidouleur.


L'excentrique, et ce qui a suivi


Le travail excentrique consiste à charger le tendon pendant la descente du mouvement, quand le muscle s'allonge. Il a été popularisé à la fin des années 1990 pour le tendon d'Achille (Alfredson 1998).


Pour le tendon d'Achille : descente lente du talon sous le niveau de la marche. Pour le tendon rotulien : descente lente en squat sur un plan incliné.


Depuis, un essai a montré qu'une charge lourde et lente, à la montée comme à la descente, donnait d'aussi bons résultats à 12 semaines et à un an, avec des patients plus assidus (Beyer 2015). Dans ce même essai, le tendon s'était aussi affiné à l'échographie, avec les deux types de programme. Sur le tendon rotulien, un programme progressif a fait mieux que l'excentrique seul (Breda 2021).


La progression en quatre étapes


Je travaille avec une progression des exercices en quatre étapes, proche du programme testé par Breda chez des sportifs (Breda 2021). On passe à l'étape suivante quand la douleur le permet, pas à date fixe.


  • Phase 1 : isométrique, pour charger le tendon sans le brusquer.

  • Phase 2 : excentrique et concentrique lents, avec une charge externe dont on augmente peu à peu le volume et la résistance.

  • Phase 3 : stockage d'énergie, avec de la vitesse, des rebonds légers et des départs accélérés, pour préparer le retour au sport.

  • Phase 4 : retour au sport, avec une reprise sportive progressive et les contraintes propres à votre activité.


Dans cet essai, 21 % des sportifs avaient retrouvé leur niveau d'avant à 12 semaines, et 43 % à 24 semaines. C'est un chemin de plusieurs mois, et je préfère vous le dire dès le départ.


Le dosage de l'exercice compte à chaque étape. Une douleur pendant l'exercice est acceptable si elle reste modérée et qu'elle est revenue à son niveau habituel le lendemain matin : c'est la règle utilisée dans plusieurs essais (Smith 2017). Dans l'un d'eux, sur le tendon rotulien, le seuil était fixé à 3 sur 10 (Breda 2021).


Mon rôle en consultation


Les techniques manuelles seules ne traitent pas une tendinopathie installée, et leur intérêt en complément n'est pas démontré (Millar 2021). En consultation, mon travail porte surtout sur trois choses.


  • Évaluer la force autour du tendon. Pour le tendon d'Achille, une moindre force du mollet fait partie des rares facteurs de risque retrouvés, avec un niveau de preuve limité (van der Vlist 2019).

  • Repérer avec vous ce qui a fait monter la charge : volume d'entraînement, terrain, matériel, reprise trop rapide. C'est là-dessus qu'on peut agir.

  • Vous aider à garder vos exercices malgré la douleur, puisque ce sont eux le traitement le plus étudié.


Ce que je vois au cabinet, entre Saint-Malo et Dinard


C'est en ostéopathie du sport que je vois le plus de tendinopathies. Les coureurs du GR34 et des chemins côtiers viennent surtout pour le tendon d'Achille et le tendon rotulien. Chez les pratiquants de kayak, de surf ou de voile, c'est plutôt l'épaule. Chez les cyclistes, je regarde toujours le réglage du vélo. Ce sont des observations de cabinet, pas des statistiques.


Questions fréquentes


Combien de temps faut-il pour se remettre d'une tendinopathie ?


Plusieurs mois, en général. Dans les essais sur des tendinopathies installées, les programmes de charge durent de 12 à 24 semaines, parfois sans amélioration complète (Beyer 2015 ; Breda 2021). D'ici là, un sport adapté reste souvent possible (Silbernagel 2007).


Peut-on s'entraîner pendant le traitement ?


Oui, en adaptant la charge : c'est même l'objectif de la gestion de la douleur à Saint-Malo que je propose, plutôt que l'arrêt. Ce qui est possible pour vous se décide en consultation.


Les anti-inflammatoires servent-ils pour les tendinopathies ?


C'est une question pour votre médecin ou votre pharmacien : je ne conseille pas de médicament. Ce que je peux vous dire, c'est que le rôle de l'inflammation dans les tendinopathies est plus discuté qu'on ne le croyait (Millar 2021).


Les injections de plasma riche en plaquettes (PRP) fonctionnent-elles ?


Pour le tendon d'Achille, un grand essai (240 patients) n'a trouvé aucune différence à six mois entre une injection de PRP et une fausse injection (Kearney 2021). Pour les autres tendons, les résultats sont discutés. C'est une question à poser à un médecin du sport.


Un tendon qui traîne, et vous ne savez pas quoi garder de votre sport ? On en parle en consultation, et on construit le programme ensemble.


Cabinet à Pleurtuit (35730), entre Saint-Malo et Dinard.


Prendre rendez-vous sur Doctolib ou par téléphone au 06 11 48 41 46.


Florent Noyelle, Ostéopathe D.O., DU Ostéopathie du Sport (DUOS), STAPS Nanterre et Ostéobio, en partenariat avec l'INSEP, Pleurtuit (35730)


Sources


1. Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J (2007). Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled study. American Journal of Sports Medicine, 35(6):897-906. DOI: 10.1177/0363546506298279

2. Millar NL, Silbernagel KG, Thorborg K, et al. (2021). Tendinopathy. Nature Reviews Disease Primers, 7(1):1. DOI: 10.1038/s41572-020-00234-1

3. Beyer R, Kongsgaard M, Hougs Kjær B, Øhlenschlæger T, Kjær M, Magnusson SP (2015). Heavy slow resistance versus eccentric training as treatment for Achilles tendinopathy: a randomized controlled trial. American Journal of Sports Medicine, 43(7):1704-1711. DOI: 10.1177/0363546515584760

4. Lopes AD, Rizzo RR, Hespanhol L, Costa LO, Kamper SJ (2025). Exercise for patellar tendinopathy. Cochrane Database of Systematic Reviews, 5:CD013078. DOI: 10.1002/14651858.CD013078.pub2

5. Breda SJ, Oei EHG, Zwerver J, et al. (2021). Effectiveness of progressive tendon-loading exercise therapy in patients with patellar tendinopathy: a randomised clinical trial. British Journal of Sports Medicine, 55(9):501-509. DOI: 10.1136/bjsports-2020-103403

6. Cook JL, Purdam CR (2009). Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. British Journal of Sports Medicine, 43(6):409-416. DOI: 10.1136/bjsm.2008.051193

7. Magnusson SP, Langberg H, Kjaer M (2010). The pathogenesis of tendinopathy: balancing the response to loading. Nature Reviews Rheumatology, 6(5):262-268. DOI: 10.1038/nrrheum.2010.43

8. Kubo K, Akima H, Ushiyama J, et al. (2004). Effects of 20 days of bed rest on the viscoelastic properties of tendon structures in lower limb muscles. British Journal of Sports Medicine, 38(3):324-330. DOI: 10.1136/bjsm.2003.005595

9. Malliaras P, Cook J, Purdam C, Rio E (2015). Patellar tendinopathy: clinical diagnosis, load management, and advice for challenging case presentations. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 45(11):887-898. DOI: 10.2519/jospt.2015.5987

10. Rio E, Kidgell D, Purdam C, et al. (2015). Isometric exercise induces analgesia and reduces inhibition in patellar tendinopathy. British Journal of Sports Medicine, 49(19):1277-1283. DOI: 10.1136/bjsports-2014-094386

11. van der Vlist AC, van Veldhoven PLJ, van Oosterom RF, et al. (2020). Isometric exercises do not provide immediate pain relief in Achilles tendinopathy: a quasi-randomized clinical trial. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports, 30(9):1712-1721. DOI: 10.1111/sms.13728

12. Clifford C, Challoumas D, Paul L, et al. (2020). Effectiveness of isometric exercise in the management of tendinopathy: a systematic review and meta-analysis of randomised trials. BMJ Open Sport & Exercise Medicine, 6(1):e000760. DOI: 10.1136/bmjsem-2020-000760

13. Alfredson H, Pietilä T, Jonsson P, Lorentzon R (1998). Heavy-load eccentric calf muscle training for the treatment of chronic Achilles tendinosis. American Journal of Sports Medicine, 26(3):360-366. DOI: 10.1177/03635465980260030301

14. Smith BE, Hendrick P, Smith TO, et al. (2017). Should exercises be painful in the management of chronic musculoskeletal pain? A systematic review and meta-analysis. British Journal of Sports Medicine, 51(23):1679-1687. DOI: 10.1136/bjsports-2016-097383

15. van der Vlist AC, Breda SJ, Oei EHG, Verhaar JAN, de Vos RJ (2019). Clinical risk factors for Achilles tendinopathy: a systematic review. British Journal of Sports Medicine, 53(21):1352-1361. DOI: 10.1136/bjsports-2018-099991

16. Kearney RS, Ji C, Warwick J, et al. (2021). Effect of platelet-rich plasma injection vs sham injection on tendon dysfunction in patients with chronic midportion Achilles tendinopathy: a randomized clinical trial. JAMA, 326(2):137-144. DOI: 10.1001/jama.2021.6986


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