Douleur de bassin pendant la grossesse : comprendre et bouger sans crainte
Dernière mise à jour : 15 oct.
En résumé : la douleur de bassin pendant la grossesse touche environ une femme enceinte sur cinq. Elle peut être très pénible, mais elle ne fait pas de mal au bébé, et rien ne se déboîte. Le repos complet n'a pas montré d'intérêt : adapter les gestes du quotidien et continuer à bouger aide davantage. Chez la grande majorité des femmes, la douleur s'efface après la naissance.

Il est 3 heures du matin. Vous voulez vous retourner dans le lit, et une douleur vive part du pubis, comme si quelque chose allait céder. Vous restez immobile, en vous demandant ce qui se passe là-dedans. Le lendemain, vous lisez que « le bassin s'ouvre », qu'il vaut mieux éviter de bouger, qu'une ceinture va tout arranger.
La douleur de bassin pendant la grossesse est fréquente, et on l'explique souvent mal. Cet article reprend ce que les études permettent de dire, les gestes qui soulagent, et les signes qui doivent vous faire appeler votre maternité.
Mal au bassin enceinte : de quoi parle-t-on ?
La douleur de la ceinture pelvienne, en mots simples
Les soignants parlent de « douleur de la ceinture pelvienne ». Elle se situe entre le haut des hanches et le pli des fesses, surtout à l'arrière du bassin, de part et d'autre du sacrum, là où se trouvent les articulations sacro-iliaques. Elle peut aussi toucher le pubis, à l'avant, et descendre dans l'aine ou à l'arrière de la cuisse (Vleeming 2008).
On la reconnaît à ce qu'elle complique : marcher longtemps, se retourner dans le lit, monter un escalier, sortir de la voiture.
Ce n'est pas un bassin qui se déboîte
Pourquoi le bassin fait-il mal ? Honnêtement, on ne le sait pas précisément : pour les recommandations européennes, la plupart des cas n'ont pas d'explication évidente (Vleeming 2008). La grossesse change en même temps les hormones, le poids à porter, la façon de bouger, le sommeil.
Vous avez sans doute lu qu'une hormone, la relaxine, « relâche » le bassin. Dans une revue systématique, trois des quatre études de bonne qualité ne trouvent aucune association entre le taux de relaxine et la douleur (Aldabe 2012). Les hormones jouent peut-être un rôle, mais aucune de ces sources ne décrit un bassin qui se desserre ou un os qui sortirait de sa place.
Et si l'on vous a dit un jour que votre bassin était « de travers » : j'ai expliqué dans un autre article pourquoi l'asymétrie du bassin est normale.
Est-ce fréquent ? Est-ce grave ?
Ce que disent les chiffres
Environ une femme enceinte sur cinq a mal au bassin à un moment de sa grossesse, selon les recommandations européennes (Vleeming 2008) et le collège britannique des gynécologues-obstétriciens (RCOG 2015). Les chiffres plus élevés que vous croiserez, 45 % ou davantage, additionnent le bassin et le bas du dos (Wu 2004), deux douleurs différentes.
Et pour le bébé ?
Cette douleur peut vous gâcher les journées, mais elle ne fait pas de mal à votre bébé : c'est la position des recommandations européennes comme du collège britannique (Vleeming 2008 ; RCOG 2015). Dans une étude hospitalière portant sur plus de 43 000 accouchements, les femmes qui avaient mal au pubis n'ont pas eu davantage de complications, ni pour elles ni pour leur bébé (Shalev-Ram 2025). Une seule équipe, une étude faite après coup : c'est rassurant, pas une garantie.
Parlez-en quand même à votre sage-femme ou à votre médecin, qui vérifiera que la douleur vient bien du bassin. Une étude danoise a relevé un peu plus de complications en fin de grossesse chez les femmes qui avaient mal au bassin dès le premier trimestre, sans lien de cause établi (Ertmann 2022) : pas de quoi s'alarmer, une raison de plus d'en parler lors de votre suivi.
Bassin, bas du dos ou sciatique : faire la différence
Trois douleurs se ressemblent au premier abord :
La douleur du bassin reste autour du bassin : pubis, aine, fesses, arrière du bassin, parfois l'arrière de la cuisse. Elle se réveille à la marche, dans l'escalier, aux changements de position.
La douleur du bas du dos siège plus haut, au-dessus du bassin, dans la région lombaire. Je consacre un article à part aux cas où c'est plutôt le bas du dos qui fait mal.
Une vraie sciatique descend plus bas, sous le genou, souvent jusqu'au pied, avec parfois des fourmillements ou un engourdissement sur le même trajet (Koes 2007 ; Assurance Maladie).
J'ai expliqué ailleurs comment reconnaître une vraie sciatique. Dans le doute, un avis médical tranche.
Au quotidien : les gestes qui soulagent
Ces conseils ne sortent pas d'un essai clinique : ce sont des repères pratiques, repris notamment par le collège britannique (RCOG 2015), et ceux que je donne le plus souvent au cabinet. Le fil conducteur : gardez les jambes ensemble quand vous changez de position, répartissez le poids sur les deux jambes, et continuez à bouger.
Au lit : se retourner, se lever, s'installer
Pour vous retourner, gardez les genoux serrés et pliés, et tournez tout d'un bloc, bassin et épaules ensemble.
Dormez sur le côté qui fait le moins mal, avec un coussin entre les genoux et un autre sous le ventre.
Pour vous lever, passez d'abord sur le côté, genoux ensemble, poussez sur vos bras pour vous asseoir au bord du lit, puis levez-vous.
En voiture, dans l'escalier, en s'habillant
En voiture, asseyez-vous d'abord sur le siège, puis faites pivoter les deux jambes ensemble. Pour sortir, même chose dans l'autre sens.
Habillez-vous assise : pantalon, collants, chaussettes, chaussures. Se tenir sur une jambe est justement ce qui réveille la douleur.
Dans l'escalier, limitez les allers-retours : regroupez ce qui doit monter.
Debout, répartissez votre poids sur les deux pieds, sans croiser les jambes. Assise, changez de position au moins toutes les demi-heures, et évitez le sol ou les positions de travers.
Porter l'aîné, les courses, le travail
L'enfant calé sur une hanche fait partie des positions à éviter. Préférez le câlin assise sur le canapé, où il vous rejoint seul, ou portez-le face à vous, sur un temps court.
Les grosses courses aussi : fractionnez, répartissez des sacs légers dans les deux mains, faites-vous livrer quand c'est possible.
Au travail, alternez assise et debout aussi souvent que votre poste le permet. Si le poste ne s'y prête pas, parlez-en à votre sage-femme, à votre médecin ou à la médecine du travail.
Bouger ou se reposer ?
Faut-il arrêter de bouger ? Non. L'exercice pendant la grossesse ne garantit pas d'éviter d'avoir mal au bassin, mais la douleur est moins forte chez les femmes qui bougent (Davenport 2019). La Haute Autorité de santé l'écrit en une ligne : l'activité physique diminue les douleurs lombaires et pelviennes de la grossesse, sans les prévenir (HAS 2022). Le repos n'a pas de preuve en sa faveur (Vleeming 2008), et l'immobilité a un coût : pendant la grossesse, le risque de caillot dans les jambes augmente, surtout quand on bouge très peu (RCOG 2015).
L'idée est de doser : bouger dans ce qui reste supportable, raccourcir une marche plutôt que la supprimer. Si une activité laisse une douleur plus forte le lendemain, réduisez-la sans tout arrêter. Pour l'activité physique en général, un article à part rassemble ce que les études disent du mouvement et du pilates pendant la grossesse.
Et la ceinture de maintien ?
La ceinture soulage certaines femmes, et si elle vous fait du bien, c'est une raison suffisante de la porter. Les études, peu nombreuses et de faible qualité, montrent un petit effet possible sur la douleur et presque rien sur la gêne au quotidien (Lauridsen 2025). Les recommandations européennes y voient un appui à porter sur de courtes périodes (Vleeming 2008) ; les britanniques proposent de l'envisager, plutôt souple, avec des conseils d'exercice (NICE 2021). Elle peut accompagner le mouvement, pas le remplacer.
Le moral et la peur de bouger comptent aussi
La fatigue, les nuits hachées et l'inquiétude pèsent aussi, et la peur de bouger fait partie de ce qui fait durer la douleur après la naissance (Burani 2023). Si le moral flanche, dites-le à votre sage-femme ou à votre médecin : c'est fréquent en période périnatale, avec ou sans douleur de bassin (Halliday 2024).
Quand consulter, et qui voir
La plupart des douleurs de bassin ne sont pas une urgence. Appelez votre maternité ou le 15 sans attendre si la douleur s'accompagne de :
saignements ;
perte de liquide ;
contractions régulières qui ne passent pas au repos ;
fièvre ;
mollet douloureux et gonflé ;
faiblesse d'une jambe, perte de sensibilité entre les cuisses, difficulté à uriner ;
douleur extrême que rien ne calme.
Parlez-en rapidement à votre sage-femme si vous avez, avant le terme, une douleur sourde et constante dans le bas du dos avec une sensation de pression dans le bassin : cela peut être un signe de contractions.
Ces repères viennent de la HAS, de l'Assurance Maladie et du collège américain des gynécologues-obstétriciens (ACOG). La liste n'est pas exhaustive : dans le doute, appelez. Pour le reste, votre sage-femme et votre médecin ou gynécologue pilotent le suivi de votre grossesse. L'ostéopathe vient en complément, jamais à leur place.
Ce que je peux faire au cabinet, et ce que je ne promets pas
Sur la douleur du bassin elle-même, les études ne permettent pas d'affirmer que les techniques manuelles seules font mieux ; les recommandations britanniques jugent les preuves insuffisantes sur ce point (NICE 2021). Ce qui a le plus d'appui, ce sont les explications, les adaptations et le mouvement. C'est là-dessus que je travaille avec vous :
vérifier qu'il s'agit bien d'une douleur de bassin, repérer les gestes qui la déclenchent, et vous expliquer ce qui se passe ;
choisir ensemble deux ou trois adaptations pour la semaine : dormir, vous lever, porter votre aîné ;
vous proposer quelques exercices dosés, suivis dans le temps grâce à l'application que j'utilise au cabinet, et vous orienter vers votre sage-femme, votre médecin ou un kinésithérapeute quand c'est leur domaine.
Je ne vous promets rien sur le déroulement de l'accouchement. Tout le cadre de la consultation est décrit sur la page consacrée à l'ostéopathie pour la femme enceinte entre Saint-Malo et Dinard.
Et donc vous pensiez qu'il fallait serrer les dents jusqu'au terme ? Il me semble qu'on peut faire mieux : comprendre, ajuster quelques gestes, et continuer à bouger.
Questions fréquentes sur la douleur de bassin pendant la grossesse
Peut-on marcher avec une douleur de pubis ?
Oui, dans ce qui reste supportable : l'activité physique diminue les douleurs pelviennes de la grossesse (HAS 2022). Raccourcissez les sorties plutôt que de les supprimer. Si la marche devient impossible, parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin.
Faut-il une césarienne quand on a mal au bassin ?
Normalement non. D'après le collège britannique des gynécologues-obstétriciens, la plupart des femmes qui ont mal au bassin peuvent accoucher par voie basse (RCOG 2015). La décision reste celle de l'équipe qui suit votre grossesse.
La douleur du bassin disparaît-elle après la naissance ?
Chez la grande majorité des femmes, oui, dans les semaines qui suivent : environ 7 % des femmes ont encore mal dans les trois premiers mois (Vleeming 2008), et le collège britannique parle d'environ une femme sur dix qui garde des douleurs (RCOG 2015). Le risque que ça dure est plus élevé quand la douleur était forte pendant la grossesse, ou quand la peur de bouger s'est installée (Burani 2023). Si elle persiste, consultez.
Et maintenant ?
Si la douleur de bassin vous gâche les journées ou les nuits, n'attendez pas le terme en silence. Découvrez l'accompagnement de la femme enceinte au cabinet de Pleurtuit, à 10 minutes de Dinard et 10 à 20 minutes de Saint-Malo selon l'ouverture du barrage de la Rance, ou prenez rendez-vous :
Ou par téléphone au 06 11 48 41 46.
Références
Vleeming A et al., « European guidelines for the diagnosis and treatment of pelvic girdle pain », European Spine Journal, 2008 : doi.org/10.1007/s00586-008-0602-4
Aldabe D et al., « Pregnancy-related pelvic girdle pain and its relationship with relaxin levels during pregnancy: a systematic review », European Spine Journal, 2012 : doi.org/10.1007/s00586-012-2162-x
Wu WH et al., « Pregnancy-related pelvic girdle pain (PPP), I: Terminology, clinical presentation, and prevalence », European Spine Journal, 2004 : doi.org/10.1007/s00586-003-0615-y
Shalev-Ram H et al., « Does symphysiolysis during pregnancy affect obstetric outcomes? », International Journal of Gynecology & Obstetrics, 2025 : doi.org/10.1002/ijgo.70178
Ertmann RK et al., « The predictive value of common symptoms in early pregnancy for complications later in pregnancy and at birth », Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica, 2022 : doi.org/10.1111/aogs.14474
Koes BW et al., « Diagnosis and treatment of sciatica », BMJ, 2007 : doi.org/10.1136/bmj.39223.428495.BE
Davenport MH et al., « Exercise for the prevention and treatment of low back, pelvic girdle and lumbopelvic pain during pregnancy: a systematic review and meta-analysis », British Journal of Sports Medicine, 2019 : doi.org/10.1136/bjsports-2018-099400
Lauridsen J et al., « The effect of pelvic belts to manage low back and pelvic pain during pregnancy: a systematic review and meta-analysis », Midwifery, 2025 : doi.org/10.1016/j.midw.2025.104529
Burani E et al., « Predictive Factors for Pregnancy-Related Persistent Pelvic Girdle Pain (PPGP): A Systematic Review », Medicina, 2023 : doi.org/10.3390/medicina59122123
Halliday B et al., « The prevalence of depression in women with pregnancy-related pelvic girdle pain: A systematic review and meta-analysis », Health Science Reports, 2024 : doi.org/10.1002/hsr2.2308
HAS, « Grossesse et post-partum. Prescription d'activité physique », synthèse, 2022 : has-sante.fr
RCOG, « Pelvic girdle pain and pregnancy », information patientes, 2015 : rcog.org.uk
NICE, « Antenatal care », recommandation NG201, 2021 : nice.org.uk
Assurance Maladie, « Sciatique, comment la reconnaître ? » : ameli.fr
Assurance Maladie, « Sciatique : comment être soulagé(e) et quand consulter ? » : ameli.fr
Assurance Maladie, « Saignements gynécologiques lors du 2e et du 3e trimestre de la grossesse » : ameli.fr
ACOG, « Preterm Labor and Birth », information patientes : acog.org
Florent Noyelle, Ostéopathe D.O., DU Ostéopathie du Sport (DUOS), STAPS Nanterre et Ostéobio, en partenariat avec l'INSEP, CES Ostéopathie Pédiatrique, Pleurtuit (35730)
En savoir plus : le cabinet d'ostéopathie à Pleurtuit et l'approche du praticien.



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