Épicondylite : le "tennis elbow" de ceux qui ne jouent pas au tennis
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Vous avez mal sur le côté du coude. Ça se réveille quand vous serrez une poignée, quand vous soulevez une casserole pleine, quand vous tordez un tournevis ou que vous tenez votre téléphone trop longtemps. On vous a peut-être dit « c'est une tendinite, reposez-vous ». Vous avez levé le pied, et pourtant, dès que vous reprenez, ça revient.
Vous n'êtes pas seul, et vous n'y êtes pour rien. Ce que vous avez porte un nom trompeur, tennis elbow, alors que la plupart des gens concernés n'ont jamais tenu une raquette. Et le conseil du repos total, aussi logique qu'il paraisse, passe à côté de l'essentiel.
L'épicondylite, ce fameux "tennis elbow"
Sur la face externe du coude, plusieurs tendons s'attachent sur un relief osseux appelé épicondyle. Ce sont les tendons des muscles qui redressent le poignet et les doigts. L'épicondylite, c'est la souffrance de ces tendons à leur point d'attache. L'Assurance Maladie la décrit comme une tendinopathie des muscles épicondyliens, responsable d'une douleur de la face externe du coude, déclenchée par la préhension et l'extension du poignet (ameli).
Si on l'appelle tennis elbow, c'est parce que le revers au tennis sollicite exactement ces tendons. Mais dans la vraie vie, ce sont surtout les gestes du travail qui la provoquent : visser, serrer, porter, taper, couper, coiffer, cliquer des heures durant. Le point commun, ce n'est pas le sport, c'est la répétition d'efforts de l'avant-bras.
Comment la reconnaître
La douleur se situe sur le côté externe du coude, parfois elle descend le long de l'avant-bras. Elle apparaît ou s'aggrave quand vous serrez fort, quand vous soulevez un objet le bras tendu, quand vous tournez une poignée de porte ou essorez une serpillière. Au repos, souvent, elle se calme. Certains gestes anodins deviennent piégeux : porter une bouteille de lait, tenir une tasse pleine.
Rien de tout cela ne se pose comme un diagnostic à distance. Si le tableau est atypique, si la douleur ne cède pas, si elle s'accompagne d'autres signes, c'est votre médecin qui fait le point. Le reste de cet article suppose une épicondylite déjà cadrée.
Pourquoi le repos complet déçoit
Voilà le nœud du problème. L'idée du repos repose sur une image : un tendon « abîmé » qu'il faudrait laisser tranquille pour qu'il cicatrise, comme on immobilise une entorse. Sauf qu'un tendon ne fonctionne pas comme ça.
Un tendon se renforce quand on le sollicite, et se fragilise quand on ne lui demande plus rien. Le mettre complètement au repos soulage sur le moment, parce qu'on retire ce qui fait mal, mais ça ne le reconstruit pas. Résultat classique : ça va mieux tant qu'on ne s'en sert pas, et ça rechute dès la reprise, parce que le tendon n'a pas gagné en capacité pendant la pause. C'est la même logique que je développe pour les tendons en général, pourquoi un tendon se répare mieux avec de la charge progressive qu'avec du repos.
Le repos n'est donc pas votre ennemi sur deux ou trois jours, quand la douleur est vive. Mais le repos comme stratégie de fond, sur des semaines, déçoit presque toujours.
L'infiltration de cortisone : ce que disent vraiment les études
L'autre réflexe fréquent, c'est l'infiltration de corticoïdes. Elle est parfois proposée, elle soulage souvent vite, et je ne vais pas vous dire de la refuser : c'est une décision qui se prend avec votre médecin. Mais il faut connaître ce que montrent les études, parce que c'est instructif.
Un essai de référence a suivi des personnes pendant un an. À six semaines, l'infiltration faisait mieux que tout le reste. À un an, elle faisait moins bien, avec beaucoup plus de rechutes : 54 % de récidives dans le groupe infiltré, contre 12 % sans (Coombes 2013, JAMA). Un autre essai, qui comparait infiltration, exercices encadrés et simple attente, aboutit au même retournement : l'infiltration gagne à six semaines, puis rechute massivement, tandis que les exercices tiennent mieux dans la durée et évitent d'enchaîner les soins (Bisset 2006, BMJ). Une synthèse de trente-six essais confirme même que la cortisone peut faire un peu moins bien que rien à long terme (Lian 2019).
Le message n'est pas « l'infiltration, c'est mal ». C'est : le soulagement rapide se paie parfois plus tard, et ce n'est pas la solution de fond.
Alors on fait quoi ? La mise en charge progressive

Si le repos total déçoit et si l'infiltration ne règle pas le fond, que reste-t-il ? Une prise en charge active plutôt qu'un repos complet ou une immobilisation. Concrètement : réhabituer progressivement le tendon à l'effort, par une charge dosée et croissante, au lieu de le laisser s'affaiblir.
Je pèse mes mots ici, parce que le sujet attire les promesses. Je ne vais pas vous dire qu'un exercice précis serait supérieur à tous les autres soins : ce n'est pas ce que montrent les données. Ce qu'elles montrent, c'est qu'une prise en charge active fait mieux, sur la durée, que l'attente passive et que l'infiltration répétée. La charge progressive fait partie de ces approches actives.
Et il y a une vraie bonne nouvelle pour finir : livrée à elle-même, l'épicondylite s'améliore souvent avec le temps. Dans les essais, la grande majorité des personnes vont nettement mieux à moyen terme (Lian 2019). C'est long, parfois plusieurs mois, mais c'est rarement grave. L'objectif n'est pas de mettre le bras sous cloche en attendant, c'est de l'accompagner pendant qu'il récupère.
Ce que je peux faire au cabinet
Mon rôle n'est pas de vous « réparer » le coude d'un coup de pouce. Il est de vous aider à traverser cette période dans le bon sens :
comprendre vos gestes de travail, ceux qui entretiennent la douleur et ceux qu'on peut aménager le temps que ça se calme ;
de la thérapie manuelle quand elle aide à passer un cap douloureux ;
surtout, un plan de mise en charge progressive adapté à votre coude et à votre métier, que je suis dans le temps via l'application ANDREW ;
une orientation vers votre médecin si le diagnostic mérite d'être revu ou si ça n'évolue pas.
C'est la même conviction qui traverse tout ce que j'écris : bouger et doser plutôt qu'éviter. Le coude n'est d'ailleurs pas le seul maillon du bras que le travail met à l'épreuve. Le poignet a le sien, avec le canal carpien, et l'épaule paie elle aussi les gestes répétés.
Questions fréquentes sur l'épicondylite
Combien de temps ça dure ?
Souvent plusieurs semaines à plusieurs mois. C'est frustrant, mais l'évolution est le plus souvent favorable. Ce qui compte, c'est de ne pas alterner repos total et reprises brutales, mais de recharger progressivement le tendon.
Faut-il arrêter le travail ?
Pas forcément, et pas n'importe comment. Souvent, on peut continuer en aménageant les gestes les plus douloureux plutôt qu'en s'arrêtant complètement. Si votre poste rend ça impossible, la question se pose avec votre médecin, en particulier la médecine du travail.
Faut-il une échographie ou une IRM ?
Pas systématiquement. Le diagnostic d'épicondylite est surtout clinique. C'est votre médecin qui juge si un examen apporte quelque chose dans votre cas.
Et maintenant ?
Si votre coude vous gêne depuis des semaines et que le repos n'a rien réglé, il y a une autre voie que l'attente ou l'enchaînement d'infiltrations. Je peux vous aider à bâtir une reprise progressive, dans le cadre de notre accompagnement de prévention des TMS entre Saint-Malo et Dinard.
Florent Noyelle, Ostéopathe D.O., DU Ostéopathie du Sport INSEP 2017, CES Ostéopathie Pédiatrique, Pleurtuit (35730)
En savoir plus : le cabinet d'ostéopathie à Pleurtuit et l'approche du praticien.



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